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Isabel BOIZANTÉ

Née le 1er février 1962, vit et travaille en Bourgogne depuis 1991

FORMATION : DNSEP ART de Toulouse.

EXPOSITIONS COLLECTIVES : France : à Paris: Résidente à la Cité Internationale des Arts, Prix FENEON, Salon de la "Figuration Critique", 38ème Salon de Montrouge, Salon de la "Jeune Peinture", à Toulouse: 1ère Biennale des Écoles d'Art Européennes, la "Ruée vers l'Art" (31), à Avallon: "Icaunais Contemporains" Avallon, Sens, Tonnerre, "Qu'est-ce que tu fabriques" Collégiale St Lazare (89), Novembre à Vitry, Collégiale St André à Chartres (28), CRAC Château du Tremblay, Fontenoy (89).

Étranger: 5ème Prix de Gravure à Ferrol (SP).

EXPOSITION PERSONNELLE :1998 "Pigeon vole" à IMAGINE

BIBLIOGRAPHIE : Catalogue Jeune Peinture, Daniel Sibony.

 

 

 

 

 

 

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Quelques oeuvres de Isabel BOIZANTÉ

Fragments de l'installation"PIGEON VOLE..."

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DUALITÉ par Christian Limousin

Peinture / sculpture,
haut / bas,
sol / ciel,
mou / rigide,
je / tu,
vie / mort,
mère / père,
féminin / masculin,
gentil / méchant,
physique / mystique,
enfance / maturité,
etc :
l'oeuvre déjà importante d'isabel Boizanté s'organise à partir d'un ensemble de couples fortement polarisés (ensemble où voisinent structures formelles et structures psychiques) entre lesquels se développe un dialogue, une confrontation. Il ne s'agit cependant jamais d'une tension violente, insoutenable, destructrice: la vie, toujours, finit par y triompher. Ces oppositions duelles constituent pour l'artiste un préalable, un ensemble de repères, de garde-fous absolument nécessaires au déploiement de son activité créatrice. Remarquons que son travail consiste, parfois, à gommer, à effacer la dualité (comme, par ex., entre sculpture et peinture ou encore entre physique et mystique ) mais, le plus souvent, il s'agit de la souligner, de l'entretenir, voire de l'exacerber (comme celle entre je et tu, entre féminin et masculin ). L'une des pièces emblématiques de son travail consiste précisément en un éloge de la dualité sexuelle : une échelle au mur, offerte, dans laquelle vient se loger, se ficher, une autre échelle par la tranche (Dualité , installation présentée au printemps 96 au Salon de la Jeune Peinture, Paris).
Isabel Boizanté l'affirme : " Il y a souvent deux éléments en moi ... Je n'ai rien d'autre à dire que ça. Je ne travaille que là-dessus." *

 

Mamelons,
nids,
niches,
formes utérines,
matricielles :
I. Boizanté féminise fortement l'univers qu'elle fabrique au jour le jour à partir d'éléments de rencontre, de matériaux de récupération. Elle féminise l'espace et jusqu'aux mots désignant les éléments qu'elle utilise (" Au début, je disais une os de seiche car je n'arrivais pas à le considérer comme un élément masculin." ). Mais, par la jouissance qui se dégage du maniement de la cire chaude qui coule et vient coaguler dans une boite de tapas en forme de matrice ou dans un cadre de bois, Isabel Boizanté s'approprie très clairement les pouvoirs masculins de l'émission séminale qu'elle dirige, qu'elle contrôle. " La cire, au départ, tu la coules. Elle est liquide et elle va se rigidifier : moi, j'ai trouvé cela fantastique... magique. Elle se rigidifie en gardant en même temps une petite souplesse et hop! toi tu peux faire quelque chose avec."
 
Dans le travail d'Isabel Boizanté la synthèse ne vient pas, ne s'impose jamais. La dualité persiste, ne débouche pas sur un au-delà. Surtout ne pas jeter , son installation de papiers de gâteaux que le visiteur recevait en pleine figure en pénétrant dans la salle d'exposition du château du Tremblay, l'automne dernier, est un bon exemple de cette synthèse impossible, inaccessible. Sur le recto de la première poutre, les papiers de gâteaux en forme de nid (car " je" et "tu" , il faut les protéger" ) étaient placés en continuité selon un rythme je / tu irrégulier (jejetujetujetujetujetutujetutu, etc). Au verso, une ébauche de structuration regroupait les alvéoles de papier deux par deux, en couples, en écho : je suis selon / tu es selon ; je suis tellement / tu es tellement . Mais la seconde poutre séparait ce qui avait tenté de s'unir, révélant l'inaccessibilité du Nous, l'impossibilité de la synthèse: les alvéoles de papier de gâteaux y étaient réparties selon une symétrie axiale séparant les deux pronoms (tu à gauche, je à droite). Cet exemple récent montre bien, également, l'étonnante imbrication, dans le travail d'Isabel Boizanté, des structures formelles et des structures psychiques, de même que l'importance des mots qui résonnent parfois gravement au-delà du jeu ( je tue qui ? je ? tu ? ).

Il est difficile de comparer le travail solitaire d'I. Boizanté à celui d'autres artistes. On peut toutefois, avec précautions, le rapprocher de ceux de Louise Bourgeois et d'Eva Hesse. Son travail, en effet, est comme celui de Louise Bourgeois " directement et honnêtement informé par la psyché de l'artiste" (Lucy Lippard présentant L. Bourgeois en 1966 ). Isabel Boizanté pourrait, il me semble, contresigner ces deux phrases de l'artiste franco-américaine: " Pour moi, la sculpture est le corps. Mon corps est ma sculpture. " ; et, aussi, cette autre encore: " Il faut abandonner le passé tous les jours, ou bien l'accepter, et si on n'y arrive pas, on devient sculpteur. " Comme Eva Hesse, I. Boizanté rejette l'idée de formes programmées et crée des formes organiques, bio-morphiques, qui tissent un pont entre la sculpture et le corps humain. Elle possède, tout comme Louise Bourgeois et Eva Hesse, une étonnante capacité à habiter les formes et à nous les rendre lisibles, en réduisant la coupure entre sujet et objet.

 

L'espace sculptural d'isabel Boizanté est - tout comme celui d'Eva Hesse - fondamentalement archaïque. Mais, à la différence de l'artiste germano-américaine, les formes qu'elle crée n'ont rien de molles, d'avachies, de flasques (justement grâce au maintien de la dualité, de la bi-polarité). Ses échelles se tendent, se dressent entre haut et bas, sol et ciel : " Pour l'instant, je ne vois que ça : ça monte. Je ne vois pas que ça descend. Alors qu'on descend une échelle quand on est en haut... Mais c'est comme ça dans ma tête : ça monte." Les tresses, les fils, les ficelles, les cordelettes, tous ces liens qui unissaient ou entravaient - comme autant de cordons ombilicaux, de noeuds familiaux complexes et indénouables - se sont récemment simplifiés. L'accident biographique (le décès du père ) a fait se dresser le chant très pur d'une corde nue jaillisssant d'un oreiller de plumes éventré et déployant ses volutes pour percer tendrement le ciel (installation dans la tour ronde du château du Tremblay: Hommage au Père ou Etres aux Anges ).
 
Cette récente installation au Tremblay peut se lire comme une simplification, comme une décantation de celle qu'Isabel Boizanté créa in situ à l'hôpital de Tonnerre durant l'été 95. Cette installation complexe jouait sur le lieu en en articulant les différents éléments: la tombe d'une femme de trente-trois ans (et I. Boizanté avait justement trente-trois ans cette année-là) dominée par un perron relié au sol par quelques marches d'escaliers. Le travail de I. Boizanté a consisté à relier la tombe recouverte de marc de café (ne laissant apparaître de l'épitaphe que trois éléments: femme / homme / trente-trois ans ) au perron par des lambeaux de tissu allant rejoindre et soutenir un tronc d'arbre recouvert de cire suspendu horizontalement à la balustrade du perron. Entre le haut et le bas, le sol et ciel, la mort et la vie, jouait ainsi tout un réseau complexe de formes, de matières, de couleurs, d' intensités, ...
Parmi l'ensemble de variations autour du thème de l'échelle présenté l'automne dernier au château du Tremblay, se distinguait Boîte à malice : un escabeau de bois se prolongeait d'un ventre de papier proéminent ; de ce ventre gravide et troué en son fond , jaillissait une nuée de papillons blancs, allègres et légers. Le poids de la maternité, I. Boizanté l'inverse : le ventre pointe bien, naturellement, vers le bas mais le fruit de ses entrailles, loin de choir, loin de chuter comme le judeo-christianisme nous l'a enseigné,se redresse et s'envole, légèrement, sereinement.
 
Aujourd'hui, à Flavigny, ces papillons poursuivent leur voyage aérien, leur vie ascensionnelle, en se métamorphosant, en s'épanouissant en cerfs-volants. Elan. Appel d'air. Brancusi, nouvel Atlas, empilait ses puissants éléments modulaires pour unir avec sa Colonne sans fin la Terre au Ciel. Isabel Boizanté, elle, a imaginé un système à la fois beaucoup moins rigide et moins ambitieux. Infiniment légers et graciles, ses cerfs-volants, tous différents, gravissent l'espace à la queue leu leu, souplement reliés par un cordon ombilical joliment tressé. Ils épousent l'air ; l'air les épouse ( et les traverse car , par endroits, il y a des manques : ils sont troués ). Ils s'orientent et s'inclinent où bon leur semble. Le visiteur peut, bien évidemment, jouer avec eux et les activer de son souffle, la fine colonne devenant alors un mobile. Ils dessinent dans l'espace de la galerie la fiction d'une érection féminine.
Mais l'univers d'Isabel Boizanté, s'il est duel, n'est pas tragique . Le tragique y est sans cesse dénoué, désamorcé par l'enfantillage. "L'enfantillage reconnu comme tel est la gloire , non la honte de l'homme" s'exclamait Georges Bataille dans L'Expérience intérieure. Et il ajoutait : " L'enfantillage, se sachant comme tel , est la délivrance, mais se prenant pour le sérieux, c'est l'enlisement." Pour l'instant, nul doute : l'enfantillage qu'avec délice et tourment pratique I. Boizanté est bien délivrance. Du moins, l'éprouvons-nous comme tel.

(*) Les citations d'Isabel Boizanté sont extraites d'un entretien que l'auteur de ces lignes a eu avec l'artiste (Avallon, été 1997 ) .

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